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Les envoyes du roi

Samedi 31 Mars, Hanga Roa

samedi 31 mars 2007, par Laure


Nous partons a 10h30, cette fois dument munis d’un pique nique pour notre promenade du jour. Notre objectif est de faire une grande boucle en longeant l’ocean en direction du nord de l’ile, contemplant au passage quelques ahus (sites ou sont disposes les Moais), avant de revenir par une piste a l’interieur des terres. Notre route nous conduit a nouveau devant l’ahu Tahai ou nous admirons une fois de plus les statues geantes remises debout. Le seul Moai muni de ses yeux en corail blanc (tous les autres Moais de l’ile les ont perdu) contemple fierement l’horizon, resplendissant sous le beau ciel bleu qui nous accompagne aujourd’hui. Le site est desert en ce debut de matinee, ce qui est bien agreable. Il faut dire que malgre les nombreux vols qui relient l’ile au Chili les touristes sont peu presents : un peu de monde dans le village le soir, quelques minibus qui emmenent les visiteurs pour un tour calibre de l’ile ou tous se retrouvent sur les memes sites en meme temps, et voila tout. Nous sommes apparemment les seuls originaux ou presque a passer plusieurs jours ici et a profiter de longues balades a pied, ce qui n’est pas pour nous deplaire, la solitude ajoutant au charme des promenades sur cette ile heureusement encore sauvage.

Alors que nous laissons derriere nous le village, la piste devient plus chaotique et serpente le long de l’ocean a travers les collines. De nombreux chevaux en liberte nous observent de loin et leur presence incongrue ajoute encore a l’etrangete de ces immenses statues de pierre qui ne cessent decidement pas de nous fasciner. Nous avancons d’un bon pas mais, apres deux bonnes heures de marche, commencons a faiblir un peu, d’autant qu’il n’est pas question de faire une pause a l’ombre vu l’absence d’arbres. Nous devrions etre en vue de l’ahu Te Peu indique sur notre carte mais ne voyons pas la moindre trace de Moai (pourtant facile a reperer !) a l’horizon. Thibaut me fait remarquer que ces Moais sont vraisemblablement en ruines et n’ont pas ete remis debout, peu de statues de l’ile ayant ete restaurees. Et oui, forcement, nous ne risquons donc pas de les voir de loin, c’est logique. Nous arrivons en effet peu apres vers un flechage indiquant le site et decouvrons au bout du chemin ce qui ressemble aux restes d’un ahu, cette plateforme de pierre sacree erigee en bord d’ocean. En regardant de plus pres, nous realisons que ces enormes pierres etendues dans l’herbe sont en fait les corps des Moais casses lors de leur chute. Un peu plus loin, c’est le spectacle emouvant de tetes tombees a terre et plus ou moins recouvertes par l’herbe ou les fleurs que nous contemplons. Le mystere de ces statues de pierre n’a toujours pas ete perce. Les premieres expeditions europeennes a decouvrir l’ile virent les statues debout mais quand les europeens revinrent quelques annees plus tard, toutes avaient ete jetees a terre et saccagees sans que l’on sache pourquoi. En tous cas, le spectacle de ces geants a terre est au moins aussi interessant que celui des sites restaures.

De gros nuages noirs se sont accumules a l’horizon et nous craignons une bonne douche d’autant que la lande desolee n’offre aucune possibilite pour s’abriter. Heureusement le nuage passe en nous arrosant seulement de quelques gouttes, dont nous nous protegeons un peu en nous glissant sous une anfractuosite rocheuse. Nous avons la chance de trouver un peu plus loin quelques arbres qui fournissent une maigre ombre bienvenue pour notre pique nique. Le site n’est pas ideal puisque nous partageons notre recoin au frais avec... un crane de vache aux os blanchis par le soleil, une vision qui nous couperait presque l’appetit ! Nous reprenons la piste jusqu’a l’Ahu Akivi, un site unique dans l’ile puisque les 7 Moais qu’il abrite sont les seuls a regarder l’ocean, contrairement a tous leurs congeneres, tournes vers les terres. Selon la legende locale, ces Moais sont les representations des sept envoyes d’un roi tahitien. Ayant eu en reve la vision d’une ile idyllique ou il pourrait s’etablir, le roi mandata ses hommes de confiance pour reconnaitre le terrain avant la migration qui allait peupler l’ile. Tournes vers l’ocean, les statues de ces premiers explorateurs sont ainsi les seules a contempler les flots qu’ils traverserent un jour pour arriver jusqu’ici. L’alignement parfait de ces sept statues quasi identiques sur leur plate forme de pierre est une fois de plus impressionnant, d’autant que nous avons comme d’habitude le site pour nous tous seuls. Apres avoir bien admire et mitraille de photos cet endroit exceptionnel, il nous reste a entreprendre la longue route du retour par une piste qui rentre directement au village a travers les collines.

Il fait toujours aussi chaud et nous avons hate d’arriver meme si le paysage traverse est de toute beaute. Nous passons a travers de douces collines aux pentes arrondies a l’herbe bien verte, croisant quelques champs ou paissent les vaches ou les chevaux en liberte. Nous observons d’etranges arbustes charges de fruits poussant au bord de la route en nous disant que ces derniers ressemblent etrangement a des goyaves, sans oser y gouter de peur de nous empoisonner. Un couple d’anglais arrivant en sens inverse en jeep et que nous rassurons sur le fait qu’ils sont bien sur la bonne route nous confirme que ce sont bien des goyaves et que nous pouvons les manger sans crainte. Nous nous offrons alors une pause rafraichissante bienvenue dans toute cette chaleur. La piste constitue par chance un bon raccourci et la route vers le village est plus courte qu’a l’aller. Nous ne prenons meme pas le temps de poursuivre jusqu’a notre hotel, nous ecroulant directement sur l’accueillante terrasse a l’ombre de notre bar prefere. Un bon jus de fruits nous remet en forme et nous repartons d’un pas plus leger vers notre chambre au frais et une douche bien meritee.

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