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Les fantômes du désert

Dimanche 10 Juin, Iquique

dimanche 10 juin 2007, par Laure


Ce dimanche, nous faisons comme les familles chiliennes de la région et partons en excursion dans les environs d’Iquique, c’est à dire les oasis de l’immense désert qui entoure la ville. Nous marquons une première halte insolite à Humberstone, une ancienne mine de salpêtre transformée en ville fantôme depuis sa fermeture dans les années 60. Le bus s’arrête au milieu de nulle part, le long de la grande route qui traverse le désert et nous dépose au milieu du sable et des immensités isolées. D’un côté de la route s’étend au loin une grande plaine blanche, site d’une mine encore en activité, et de l’autre quelques bâtiment isolés, la mine d’Humberstone vers laquelle nous nous dirigeons. Passé le guichet d’entrée où nous payons un ticket symbolique, le spectacle est impressionnant. Nous nous trouvons au milieu de ce qui devait être la rue principale du complexe, une longue avenue rectiligne bordée par les bâtiments de bois qui servaient de logements aux mineurs. Tout a été préservé dans un excellent état, la sécheresse du désert ayant aidé à la conservation des lieux, et les maisons semblent attendre leurs habitants. Pourtant il n’y a pas un bruit, nous avons l’impression d’être les seuls êtres vivants à des kilomètres à la ronde, le site étant en plus assez méconnu des touristes, de toute manière pas très nombreux à Iquique. Cela procure une drôle d’impression d’entrer dans ces maisons laissées à l’abandon et de parcourir les pièces vides où tant d’hommes ont vécu il n’y a pas si longtemps. Du temps de sa prospérité, la mine, fondée à la fin du XIXème siècle, a compté jusqu’à près de 4000 personnes et était un des principaux pourvoyeurs d’emploi de la région et le témoin de nombreuses luttes sociales d’importance. Un peu plus loin, nous découvrons d’énormes locomotives à vapeur abandonnées sur ce qui reste de leurs rails au milieu de la poussière.

Nous continuons la visite de cette étrange petite ville qui comptait tout ce qu’il fallait pour permettre à la communauté d’Humberstone de vivre confortablement au milieu du désert. Ironie ou luxe suprême de l’époque, on y trouvait même une piscine, un comble dans cet endroit qui est un des plus secs du monde. Faite de plaques de tôle assemblées, elle aligne toujours ses plongeoirs et ses vestiaires mais ne contient plus la moindre goutte d’eau. Nous parcourons aussi la jolie petite place centrale avec sa tour à horloge et ses boutiques abritées sous des arcades, découvrons l’hôtel qui fait irrésistiblement penser à ceux des BD de Lucky Luke et où l’on s’attend à voir entrer quelques cow-boys. Le théâtre, très luxueux pour l’époque, est toujours là ainsi que l’école, restaurée récemment et offrant aux regards ses salles de classe aux petits pupitres de bois. C’est vraiment une impression bizarre que de se promener ainsi dans cette ville en imaginant à quoi elle pouvait ressembler au temps de son apogée. Les installations industrielles ont également été laissées en l’état et permettent de se faire une idée de ce qu’était le fonctionnement de la mine. Après cette plongée dans le passé, nous finissons par ressortir et allons attendre notre bus en plein désert, à peine protégés du soleil éclatant par un petit abri de bois. Nous avons la chance de ne pas patienter trop longtemps et repartons en direction de Pica.

Pica est un petit village construit à la faveur d’une oasis, un des rares points d’eau de cet immense désert dans lequel nous nous trouvons. La ville sert maintenant de lieu de récréation pour les habitants d’Iquique, venus profiter de ses sources naturelles et se détendre un peu dans la verdure. C’est aussi un centre important de production fruitière réputé pour ses délicieux jus de fruits. Nous sommes un peu déçus en arrivant dans le village. La chaleur est accablante, tout est calme et le centre du village est minuscule, nous avons même du mal à trouver un endroit où manger. Nous ne trouvons pas le marché aux fruits où nous espérions nous régaler et partons à pied vers la piscine naturelle qui fait l’attraction de la ville. La montée est courte et pourtant nous parvenons en haut épuisés, on se déshydrate extrêmement vite ici et l’air chaud et sec donne vraiment l’impression de se trouver dans un four. Nous renonçons à nous baigner, l’ensemble des bassins naturels alimentés par des sources est certes agréable mais envahi par les familles et les enfants, affairés et bruyants. Nous trouvons le réconfort dans un des petits stands qui pullulent au bord de la route et proposent jus de fruits et alfajores, des petits gâteaux à la confiture spécialité de la région. Nous sommes tellement assoiffés que nous buvons coup sur coup deux délicieux jus de fruits bien frais, accompagnés de quelques gâteaux pour justifier notre présence ici et notre découverte de la ville. Décidément, cet endroit confirme notre impression : le Chili a bien mérité la palme de l’étrange, regorgeant de lieux totalement improbables qui ne correspondent à rien de connu ni même de logique. Malgré notre légère déception initiale, nous sommes contents d’être venus jusqu’ici et reprenons notre bus en sens inverse, profitant encore pendant deux heures des sauvages paysages du désert.

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