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La porte de l’enfer

Jeudi 19 Octobre, Sempol

jeudi 19 octobre 2006, par Laure


Impatients de decouvrir ce Kawah Ijen (cratere vert en francais dans le texte !) pour lequel nous avons fait tant d’efforts, nous nous levons a 5h30 et partons a 6h tapantes avec notre jeep privee et nos 2 chauffeurs. Et oui, malgre notre volonte d’essayer de trouver un transport collectif pour nous rendre au cratere, nous avons du renoncer devant l’absence de tout bus ou bemo et souscrire a la location de Jeep proposee par l’hotel. C’est un peu cher mais nous n’avons pas envie de courir le risque d’arriver trop tard au cratere et les 15km entre le village et le debut de la randonnee sont un peu longs pour etre faits a pieds. Apres nous etre dument enregistres au poste de garde qui verifie qu’aucun touriste n’a ete englouti par le cratere, nous commencons la randonnee qui doit nous mener au sommet. Le sentier est bien trace et s’apparente plutot a une piste forestiere, la seule difficulte etant la pente un peu raide.

Nous ne tardons pas a croiser un chargement de soufre abandonne sur le bas cote, deux grands paniers tresses de part et d’autre d’un balancier, le tout garni d’enormes blocs de soufre jaune vif. Le Kawah Ijen est en effet un volcan actif et exploite pour sa production de soufre. Des "mineurs" descendent a pied dans le cratere ou jaillit le soufre liquide par une faille du volcan, attendent qu’il se solidifie, cassent les blocs obtenus avant de les charger dans leurs paniers. Ils entament alors la difficile remontee du cratere jusqu’a la crete puis la descente jusqu’a leur campement par le sentier que nous empruntons. Le soufre ainsi obtenu leur est achete une somme ridicule et sert notamment au raffinage du sucre pour les nombreuses sucreries voisines. Le salaire est correct pour l’Indonesie et de nombreux mineurs risquent leur vie et leur sante pour cette activite. Un peu plus haut, nous croisons les premiers mineurs qui redescendent dans la vallee, ployant sous le poids de leur chargement porte sur les epaules. Ils nous reclament tous des cigarettes ou a manger et nous partageons quelques provisions de fruits et de biscuits avec eux. Le temps s’est couvert et nous montons maintenant dans un nuage de brume qui nous empeche de distinguer le sommet ou la vue environnante. Nous sommes vraiment decus, nous attendions cette excursion avec impatience et avons peur de ne plus rien voir arrives en haut. La montee est plus rapide que prevu et nous atteignons finalement rapidement le sommet, crete ventee dominant le cratere. Heureusement, le vent vient a notre secours et dissipe un peu les nuages, nous offrant notre premier coup d’oeil sur le lac occupant le fond du cratere. C’est peu de dire que le paysage est impressionnant : des echarpes de brume s’accrochent a la crete desolee de rocs et de cendres tandis que le lac bleu verdatre d’acide sulfurique (miam) apparait en bas avec une file de porteurs remontant peniblement le sentier depuis le cratere.

Voyant que certains touristes sont descendus sans danger dans le cratere avec ou sans guide, nous decidons de tenter l’experience pour aller voir l’extraction du soufre au bord du lac. Cette descente n’est pas possible tous les jours car des nuages d’acide sulfurique s’echappent du volcan et, selon le vent, s’accumulent ou non dans le cratere, empechant toute activite dans le secteur. Nous descendons prudemment par le sentier escarpe des porteurs, essayant de ne pas les gener en nous poussant pour les laisser passer. Nous nous demandons comment ils font pour porter de tels chargements, en tongs avec parfois des bouts de tissus enroules autour des pieds, un simple chiffon pose sur les epaules pour empecher le frottement de la barre de bois, par un sentier malaise. Arrives tout pres du lac, nous nous trouvons pris dans un nuage de gaz sulfurique que nous n’avions pas vu venir. La sensation est extremement desagreable : le nez et la gorge nous brulent sous l’effet du gaz piquant et meme en nous recouvrant la bouche d’un mouchoir mouille comme c’est conseille nous n’arrivons pas a respirer. Un peu paniques, nous remontons le plus rapidement possible, bien essoufles, jusqu’a regagner une zone degagee par le vent. En dessous de nous, nous entendons tousser de toute part, apparemment les porteurs et les touristes qui etaient au bord du lac ont du subir le nuage egalement. Nous nous appretons a rebrousser chemin, n’ayant pas envie de renouveler cette experience plus que desagreable mais un porteur nous fait signe de le suivre : il va nous servir de guide pour savoir quand descendre et quand s’arreter en evitant les fumees. Tout content de redescendre en notre compagnie, il nous reclame plusieurs photos avec nous et est enchante de se voir sur l’ecran de l’appareil numerique ! Grace a son aide, nous arrivons au bord du lac ou un spectacle epoustouflant nous attend. Canalise par de gros tuyaux plantes dans les failles naturelles du volcan, le soufre liquide brulant degouline sur le sol ou des porteurs armes d’outils le brassent et le poussent pour qu’il forme les blocs qu’ils vont ensuite extraire. Tous ces mineurs travaillent au milieu des fumees acides, essayant d’eviter les plus grosses emissions et de trouver assez d’air pur pour respirer. C’est une vision effrayante, surtout avec ces nuages de gaz qui tourbillonnent et menacent de nous asphyxier, et j’ai vraiment l’impression de me trouver dans un autre monde. Meme si notre guide nous montre comment eviter les vapeurs toxiques en nous rapprochant du lac qui est protege du vent et garde une reserve d’air pur, un tel environnement n’est pas vraiment rassurant. Nous regardons un moment le spectacle, fascines qu’un tel endroit puisse exister, et admirons le lac a la si jolie couleur bleue contrastant agreablement avec le jaune des blocs de soufre, faisant oublier l’acidite de ses eaux nocives. Nous ne sommes pas faches de remonter et de quiter ce paysage infernal, avec une pensee pour les mineurs qui travaillent ici tous les jours, au mepris de leur sante.

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